‘Dune’ – Le cinéma, quand c’est du cinéma

Dune : l’adaptation de Villeneuve est Dune : l’adaptation de Villeneuve a maintenant une date de sortie

Dune : l'adaptation de Villeneuve

Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de ce qui est ou n’est pas le cinéma. Ce n’est pas un débat qui m’interpelle particulièrement, ni une question qui me fait douter de ce qu’est le cinéma pour moi… Dune : l’adaptation de Villeneuve a maintenant une date de sortie ; surtout quand on ne peut pas y consacrer tout le temps du monde. Ce qui propose quelque chose de minimalement différent. Celle qui prend des risques, qui a un peu d’ambition et beaucoup plus de fierté. Celle qui cherche à nous faire vibrer même si, dans certains cas, elle n’y parvient pas. Essayer et échouer n’est pas la même chose qu’échouer sans avoir essayé.

Il est clair pour moi que si les cinémas existent, c’est soit à cause, soit grâce à des films comme “Dune”. Les films comme “Dune” sont ceux qui définissent ce que nous appelons “l’expérience cinématographique” dans son expression maximale, comme l’ont fait, il y a plus de 50 ans, des films tels que “Lawrence d’Arabie” de David Lean, auquel “Dune” fait tant référence. Il n’est pas, ou ne prétend pas être, ce que les plateformes considèrent souvent avec dédain comme du “contenu”. Et bien sûr, en tant que spectateur, il faut être prêt à faire sa part.

Dune - Bande Annonce Officielle (VF) - Denis Villeneuve, Timothée Chalamet

Blade Runner 2049″ est sans aucun doute un bon précédent pour mesurer les attentes, qui, à mon sens, sont fondées sur une immersion très instruite. Rien de tel que d’être dans un cinéma et de perdre la notion d’être dans un cinéma. Laissez-vous emporter, complètement. Sentiment qu’il n’y a rien d’autre, ou qu’il n’y a rien d’autre qui compte à ce moment-là. Pour vivre une expérience, pour façonner un beau souvenir. C’est ce que j’ai ressenti pendant les 60 ou 90 premières minutes de ce premier chapitre. La mise en scène, l’histoire, la musique, les interprètes, les effets spéciaux ?

… en bref, la somme de l’ensemble. Ce moment où, en bavant, vous pensez que Denis Villeneuve est Dieu. Jusque-là, ce “Dune”, que l’on pourrait considérer comme du cinéma de Martin Scorsese, fait preuve d’une force et d’une solidité énormes. Après ça… pas vraiment. Comme le savent tous ceux qui ont lu l’original (ou vu le film de David Lynch), son intrigue oblige à un changement de dynamique et d’acteurs. Son histoire, sans cesser d’être intéressante, ne l’est plus autant, même si elle est animée de spectaculaires vers de sable.

Soudain, ce “Dune” ne ressemble plus à un ensemble solide, et Villeneuve ne se sent plus comme un dieu, même s’il est un grand cinéaste. Sa force est fissurée par la sensation de plus en plus palpable qu’elle ne va pas vers une fin propre, l’histoire elle-même, comme s’il s’agissait d’une série télévisée, s’installant dans sa condition d’intermédiaire entre un début et une fin. Une transition qui, pour le meilleur et pour le pire, nous laisse à mi-chemin et surtout sur notre faim. De la solidité de sa première partie, ainsi que de ce qui – croisons les doigts – va suivre.

Elle est loin d’être arrondie. Il passe du plus au moins, avec une seconde moitié un peu bâclée par rapport à la première. Et elle est également incomplète. Mais apprécier (ou du moins essayer d’apprécier) un film comme “Dune” dans une salle de cinéma est un vrai plaisir, surtout maintenant que le coronavirus et le streaming ont mis la foi des plus faibles à l’épreuve. Villeneuve risque de ne pas faire aussi bien qu’avec “Arrival”. Mais c’est parce que même s’il réussit dans une large mesure, il est humain et peut aussi échouer. Risque, ambition, fierté… le cinéma, quand c’est du cinéma, c’est ça.